Réflexions de l’extérieur

Réflexions sur le transfert des femmes de Tanguay vers Leclerc

Le système judiciaire reproduit les dynamiques hétéro-cis-patriarcales en dehors des murs, alors que les prisons les
maintiennent en dedans. Pour les femmes, comme pour toutes les personnes vivant des oppressions basées sur leur genre, ces institutions constituent des lieux qui reproduisent les situations d’inégalités, d’exploitation et d’oppression. La réalité du transfert de Tanguay vers Leclerc est complexe, d’autant plus que les informations sont difficiles à trouver. La dégradation de leurs conditions de détention est gardée sous silence et on ne peut dresser qu’un portrait incomplet de la réalité des détenu.es emprisonné.es à Leclerc aujourd’hui.

À l’automne dernier, le gouvernement annonçait la fermeture de la prison Tanguay, en affirmant que les installations étaient désuètes[1]. Ce qui n’était pas mentionné lors de cette annonce, c’est que la prison Leclerc, où les détenues allaient être transférées, a été construite 4 ans avant Tanguay et déclarée désuète et fermée par le fédéral en 2012. Le provincial n’a pourtant pas hésité à louer l’établissement Leclerc en 2014, pour en refaire une prison pour hommes, et maintenant pour en faire une prison mixte[2].  Le gouvernement libéral a également caché qu’il avait procédé à de nombreuses rénovations à Tanguay dans la dernière décennie, ce qui avait déjà coûté plusieurs milliers de dollars. Nombre de détenues qui sont passées par Tanguay peuvent témoigner que ces rénovations avaient dérangé les nids de vermine, puisque mulots, souris et autres bestioles peuplaient les secteurs. Aussi, les réparations au système d’ascenseur, qui avait duré plusieurs semaines, avaient forcé des prisonnières travaillant en cuisine à monter par elles-mêmes les cabarets de nourriture sur les étages, au risque de se blesser et de ne pas recevoir les soins adéquats par la suite. Il est clair que le transfert des détenues vers Leclerc ne sert pas les intérêts de celles-ci et que cette décision s’inscrit dans un exercice d’équilibre budgétaire, dans la logique d’austérité imposée par le gouvernement.

            Le raffermissement des peines imposé par le gouvernement conservateur a amené un problème de surpopulation dans la plupart des prisons, notamment dans les prisons pour femmes[3], au moment même où le taux de criminalité était en déclin depuis le début des années 1990. Il est clair que la solution n’est pas de mettre sur pied des établissements qui ont une plus grande capacité d’accueil, comme c’est le cas de Leclerc, qui pourrait potentiellement accueillir trois fois plus de personnes dans les prochaines années[4]. Il faudrait plutôt cesser la criminalisation des personnes des classes les plus précaires de la société. Dans le cas des femmes, elles n’ont souvent pas les ressources, dans le système d’exploitation actuel, pour subvenir à leurs besoins et à ceux des personnes dont elles ont la charge, sans tomber dans un rapport de dépendance avec l’État, un conjoint, leur famille ou sans devoir pratiquer des activités illégales et lucratives : telles que le vol à l’étalage, la vente de drogue, la fraude et le travail du sexe[5]. On peut penser également aux femmes en situation de migration qui reçoivent peu ou pas de support de l’extérieur de la prison, puisque leurs proches ne sont pas au pays. Elles ont parfois un accès difficile à des services juridiques dans leur langue, ce qui augmente considérablement la durée de leur détention. Il en est de même pour les femmes Inuites, composant de 20 à 25% de la population carcérale dans les prisons provinciales pour femmes du Québec, qui sont amenées de force à près de 2000 km de chez elles. Lors de leur libération, le retour dans la ville où elles habitaient leur coûterait près de 3000 dollars, ce qui oblige plusieurs d’entre elles à rester dans la métropole. Certaines vivront des périodes d’itinérance et de grande précarité due à leur incarcération. Les femmes racisées vivent une surveillance particulière et plus intensive de la part des autorités policières. La riposte à des commentaires ou des comportements racistes de la part des agents leur coûtera souvent des charges criminelles supplémentaires, alors que les policier.es pourront continuer à travailler tranquillement sans être pénalisé.es d’aucune façon.

Pour ce qui est du transfert, 250 femmes ont été forcées de déménager de façon précipitée et désorganisée, sans aucun respect pour leurs besoins les plus fondamentaux. Comme d’habitude, elles subissent l’impact de l’incompétence du gouvernement. La prison Leclerc a d’abord été construite pour une population masculine. Elle est donc mal adaptée aux besoins des femmes, considérant que 70% des femmes en prison sont mères[6] et que la réalité des femmes enceintes en prison est particulièrement difficile, elles n’ont pas accès à de la nourriture et des soins adaptés. Au moment de leur première entrée en prison, 80% des femmes ont déjà été victimes d’abus sexuel et 90% de violence et d’abus physiques[7]. De plus, elles ont une santé souvent fragile, notamment au niveau de la santé mentale[8]. La détention, dont les périodes d’isolement forcé, ne peut qu’aggraver cette situation. D’ailleurs, les salles d’isolement, qui se trouvent en aires mixtes depuis le transfert, accroissent les risques de blessure et d’abus sur les personnes détenues, puisque les screws font des contentions physiques, tout en devant s’assurer qu’il n’y ait pas de contacts visuels ou physiques entre les détenu.es de sexe différents. Ces protocoles, d’isolement, de contention et de division, inhumains et dégradants, deviennent pires encore dans ces nouvelles conditions. Devant composer avec un manque d’espace adéquat pour loger les personnes en protection et santé mentale, celles-ci doivent partager le même secteur. Pour empêcher leur contact, le choix administratif qui a été fait est de garder les femmes ayant des problèmes de santé mentale isolées en cellule le matin et celle en protection, l’après-midi, ce qui fait en sorte que ces femmes sont enfermées dans leur cellule 18 heures par jour, plutôt que 12 heures. Plusieurs témoignages ont aussi dénoncé la situation des femmes incarcérées les fins de semaine, qui se sont vues imposer des périodes précises pour aller aux toilettes, avec comme seule alternative d’uriner au sol ou dans une tasse[9]. La décision de fermer Tanguay vient donc balayer les luttes qui ont été menées pour reconnaître les besoins spécifiques des femmes en prison. Il ne peut s’agir que d’une régression dans la qualité et la variété des services qui leur seront offerts.

            Les conditions se sont également détériorées pour les « hommes » déjà présents à Leclerc : « Ils sont transférés dans des wings (ailes) délabrées où il n’y a pas de chauffage, ça fait environ 20 jours. Ça dort avec des tuques. Avec la température, ces temps-ci, c’est pas très humain. Ils ont trois douches, une à l’eau chaude et deux à l’eau froide pour 37 détenus.[10]»

            Les informations que nous avons sur la situation à l’intérieur demeurent pour l’instant éparses, mais nous devons demeurer vigilant.es et travailler à établir une solidarité concrète envers les luttes menées à l’intérieur des murs.

[1]http://www.lapresse.ca/actualites/201509/24/01-4903548-le-centre-de-detention-tanguay-pour-femmes-fermera-ses-portes.php

[2]http://journalmetro.com/actualites/national/564746/la-prison-leclerc-rouvrira-ses-portes-a-la-mi-octobre/

[3]http://www.cbc.ca/news/canada-s-prison-population-at-all-time-high-1.2440039

[4]http://ici.radio-canada.ca/regions/montreal/2015/09/24/002-etablissement-tanguay-transfert-leclerc-laval-securite-publique.shtml

[5]Lise Giroux et Sylvie Frigon, 2011, Profil correctionnel 2007-2008 – Les femmes confiées aux services correctionnels, déposé par la Direction de la recherche des services correctionnels du Québec, Ministère de la sécurité publique [En ligne], consulté le 16 décembre 2014.

URL: http://www.securitepublique.gouv.qc.ca/fileadmin/Documents/services_correctionnels/publications/profil_femmes_2007-2008/profil_correctionnel_2007-2008_femmes.pdf

[6] Brigitte Blanchard, 2002, « La situation des mères incarcérées et de leurs enfants au Québec »,                 Criminologie, vol. 35, n° 2, p. 91-112.

[7]Lise Giroux et Sylvie Frigon, op. cit.

[8]Ibid.

[9]http://fr.canoe.ca/infos/regional/archives/2016/03/20160302-222659.html

[10]http://www.journaldemontreal.com/2016/03/04/femmes-au-centre-de-detention-leclerc-ca-se-montre-les-seins-et-lance-leur-brassiere


End Immigration Detention

In support of 191 migrants on strike in Lindsay, ON #MigrantStrike


Marseille : une banderole déposée en solidarité avec les prisonnier-e-s trans

« Dans la nuit du 21 au 22 janvier, à minuit, quelques personnes sont venues déposer une banderole sur le pont de cours julien à Marseille en solidarité avec les prisonnier-e-s trans pour marquer le début de cette journée d’action. Nous espérons que cela sera le début d’un mouvement international pour la fin des prisons.

PIERRE PAR PIERRE
MUR PAR MUR
NOUS FINIRONS PAR DETRUIRE TOUTES LES PRISONS »


GVI Watch

In Solidarity With the Prisoners in Grand Valley Institute – Kitchener ON Canada

UPDATE on the Call In Campaign


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